Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'herminette :

1- qu'est ce qu'une herminette ?
              2- les différents noms donnés en France
                             3- les noms de l'herminette dans les autres pays
           4- les métiers autours de l'herminette
                                5- fonctions religieuses, politiques, cérémonielles de l'herminette
                                       ▫︎ Egypte pharaonique
                             ▫︎ Ascia romaine
             ▫︎ Maori
                                       ▫︎ les Iles du Pacifique
                    ▫︎ Guyanne
              ▫︎ Taino
                                                               ▫︎ Afrique ( chapitre à développer)
                   ▫︎ Vikings
                 ▫︎  Inuits
6- une tentative d'étymologie :
7- herminettes à éviter               


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L'herminette appartient à la famille des haches mais  le plan du fer est perpendiculaire au plan du manche et non pas dans l'axe du manche comme pour la hache. 

La lame de l'herminette est aiguisée  sur la seule face intérieure, celle qui regarde le manche ce qui implique que l'outil puisse être démanché pour être affuté lorsque l'angle entre le fer et le manche est trop aigu. On peut ainsi déterminer devant un outil taillant sans manche, s'il s'agit d'une herminette ou d'une hache, en particulier devant un outil préhistorique en pierre ou devant un fer qui n'a pas l'oeil pour un emmanchement courant.
Outil utilisé (autrefois) aussi bien par le charpentier, le charpentier de marine, le sabotier, le tonnelier, le charron, le jouguier, l'escaliéteur, le fontainier, le layetier, le maçon, le couvreur. Le fer peut alors être plat ou courbe voire très courbe; le manche court ou long. L'emmanchement varie aussi selon l'utilisation mais aussi la région.
L'herminette sert à dégrossir, à aplanir, à creuser.
Il ne faut pas la confondre avec la houe, très proche dans son aspect mais c'est un outil agraire dont le fer n'est pas taillant.
Se rapprochent de l'herminette, la polka du tailleur de pierre, le marteau de moulin, diverses combinaisons de l'herminette et de la hache.

La définition de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert : 

• HERMINETTE, s. f. (Tailland.) espece de hache à un ciseau, qui sert à applanir le bois. Les Charpentiers l'emploient aux ouvrages cintrés: c'est aussi un outil du charron.
Il y a deux sortes d'herminette, une à marteau & l'autre à piochon.
L'herminette à marteau a la tête du marteau d'un côté de l'oeil, & la planche ou herminette de l'autre. La planche est dans un plan perpendiculaire à l'oeil & au manche. Depuis l'oeil jusqu'au tranchant en biseau, elle va toujours en s'élargissant jusqu'à cinq ou six pouces; son épaisseur est celle des coignées à épaule ou à touches. Elle se cintre un peu depuis l'oeil jusqu'au tranchant; mais la courbure est plus considérable à environ six pouces du tranchant. La longueur du manche varie selon l'usage & la force de l'herminette. A celles des Charpentiers, il a dix - huit pouces de long; de Déchireurs de bateau, environ trois piés.
L'herminette à piochon est ainsi appellée d'une espèce de gouge, un peu cintrée sur sa largeur, & formant vers le tranchant un arc de cercle d'un pouce & demi ou environ. Cette forme sert à réparer les gorges ou moulures de menuiserie.
Pour faire une herminette, on prend une barre de fer, on perce l'oeil à la distance convenable des extrémités; on forge la tête, si l'herminette est à marteau; si elle est à piochon, on ne réserve de fer depuis l'oeil que ce qu'il en faut pour souder le piochon. L'oeil fini & tourné, on coupe la barre à pareille distance de l'oeil; les deux parties gardées à pareille distance de l'oeil, s'appellent collets. On prend une barre de fer plat proportionnée à la force qu'on veut donner à la planche. A l'extrémité de cette barre qui sera le tranchant, on adapte une bille d'acier plat, on soude, corroie & forme la planche.
Nous observerons ici qu'aux tranchans à deux biseaux, l'acier est entre deux fers, & qu'aux tranchans à un biseau, l'acier est soudé sur une des faces de la barre.
On forme le piochon comme la planche, on les soude aux collets de l'oeil, & on les place en les soudant comme il convient à la forme de l'outil. Cela fait, on les répare au marteau & à la lime, puis on les trempe. La partie aciérée est en dehors, & le biseau en dedans; ainsi la face non - aciérée regarde la manche.
• ESSETTE, outil de Charron, de Couvreur, de Charpentier, de Tonnelier, & autres ouvriers en bois; c'est un morceau de fer courbé par un côté, & droit de l'autre, dont le côté courbé est aplati & tranchant, large environ de six pouces, & l'autre côté est rond fait en tête comme un marteau: au milieu de ce morceau de fer est une douille enchâssée & rivée dans l'oeil qui est au milieu de l'essette; l'on fixe dans cette douille un manche d'environ un pié & demi, plus gros du côteé de la poignée que du côté de la douille. Cet outil sert aux Charrons à dégrossir & charpenter le bois qu'ils ont à employer. Voyez la Planche du Charron. L'essette des Couvreurs est comme une petite
herminette à marteau; elle leur sert à hacher les bois. Ils en ont une autre avec laquelle ils arrachent les clous de l'ardoise, lorsqu'on veut découvrir ou faire des recherches. Quant à l'essette des Tonneliers, c'est un marteau dont la tête est ronde, & qui se termine de l'autre côté en un large tranchant de fer acéré, qui se recourbe du côté du manche qui est de bois. Cet outil sert à arrondir l'ouvrage en dedans.

NB :
ce texte est plus particulièrement intéressant dans la description de la fabrication du fer.

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LES DIFFERENTS NOMS DE L’HERMINETTE


 Les termes suivis d’un astérisque sont cités par D. Boucard : "Dictionnaire des outils",(Ed. Cyrille Godefroy)
Les termes suivis de 2 astérisques sont cités par Jean Fr. Robert :"l’Herminette et la Hache", cahier n°13 de l’AAVA

Aisceau ou asseau : herminette de tonnelier (dérivé de l’ancien français aisse, du latin ascia)
Apia* : hache ou herminette dans les inventaires après décès en Provence au XIV et XV ème siècle
Armineto* : herminette en Provence
Ascia : l’angle de la planche est très aigu. Utilisée jusqu’à la période gallo-romaine. Les romains distinguaient l’ascia lignaria, l’ascia lapidaria, l’ascia fossaria.
Ascie* : herminette ou aissette de tonneleier dans le yonnais
Asse de rognage, ou de rabotage ou rognoir* du tonnelier : fer très triangulaire, très
large, concave, fortement recourbé, avec un manche très court pour travailler
l’intérieur des douelles 
Asseau (ou essette): fer plus long, plus étroit, moins recourbé que l’asse, avec un aplat en arrière en forme de marteau. Utilisé pour le travail extérieur des douelles.
Aisselière* : ancien nom de l’herminette de tonnelier
Aissette : D. Boucard reéerve ce terme à l’herminette de vigneron-caviste
Assyau : en Bourgogne
Atsetta* : herminette en Suisse Romande
Aychol* ou aysolla *: nom donné dans le midi toulousain
Ayseta* ou eisseto* : nom donné en Provence
Ayssola : petite hache, herminette dans la langue des troubadours (Dictionnaire de François Raynouard édition 1838-1844)
Ayssolat* ou aysolet * : nom donné en Gascogne
Azuela* : nom donné dans le Roussillon et les Pyrénées à une petite herminette Cure-fond* ou gratte-fût : hache-herminette utilisée pour gratter les dépôts au fond des barriques et des tonneaux
Débondoir ou débondonnoir* : afin de retirer ou mettre la bonde sur le fût. Le fer est étroit ou recourbé pour enlever la bonde. A l’opposé, le fer est un volumineux marteau pour enfoncer la bonde.
Eiseta* : nom donné en Haute-Provence
Eschole* : herminette de sabotier en langue d’Oc
Essette : petite herminette marteau (couvreur, tonnelier, plâtrier)
Gratte : « instrument tranchant emmanché comme une herminette à lame plate et forte et servant à enlever les saletés qui s’attachent trop fortement sur les bords et sur les ponts des bateaux » (Dict. des armées de terre et de mer » Cte de Chesnet, XIXème s.)
Gratte-fût : herminette double à taillants opposés inversés pour nettoyer les dépôts dans les tonneaux.
Godze ou godge **: herminette gouge pour creuser les auges et abreuvoirs dans les Alpes et en Suisse

Herminette passe-partout : ou herminette de gabare (Cahier du Musée de la Batellerie n°13, Conflans Ste Honorine)
Herminette à étrier ou à bride ou à bague : le fer n’a pas de douille mais tient au manche par un étrier en fer. Se retrouve chez le charpentier de marine et chez le sabotier
Herminette-hache : double taillant, l’un hache, l’autre herminette
Herminette à tête, herminette à gouge : description du Larousse
Herminette-gouge : pour travailler les chenaux debout et alors le manche est long. Par le jouguier et alors le manche est court. Mais le fer est fortement recourbé.
Houé : herminette dans les Vosges (Société philomatique vosgienne)
Hucholot de sabotier, d’escaliateur : souvent un fer plat opposé à une gouge, de taille différente. D. Boucard réserve ce terme pour les herminettes de jouguier
Martelet de briquetier* : proche de l’herminette mais pour tailler la brique ou pierre tendre
Paroir de tonnelier* :
Rognoir* ou asse de rognage : voir asse
Soulotte*ou solette** : herminette gouge pour creuser las auges, dans le Doubs
Schola* : herminette dans le midi toulousain
Tile* : herminette dans la Manche
Tille : herminette. « instrument qui est tout ensemble hache et marteau à l’usage des tonneliers, couvreurs, et autres artisans »(Dictionnaire Bescherel, XIXème).
 Il semble que dans les régions du Nord de la France, la tille est une herminette à manche long de 40 à 80 cm environ .
         Etymologie : de l’ancien scandinave telgia qui signifie « ce qui coupe » (Dictionnaire    général de la langue Française, de Hatzfeld et Darmesterer, Paris, Delagrave,1890-1900)
   Pour Sophus Bugge, philologue norvégien, mot d’origine scandinave, telgia « ce qui coupe » « ...est un mot germanique qui signifie dans les dialectes d’Allemagne, petite hache, herminette, hache de tonnelier, dans les dialectes norvégiens et suédois : tekslai ; dans le patois anglais : thixille ; hollandais : disel. (Bulletin de la Société de Linguistique, Paris, 1898-1901)
   D. Boucard réserve ce terme à l’herminette de sabotier
Trebesa : herminette en basque
Ussola* : herminette dans le Midi toulousain

Sule* : herminette gouge pour creuser les auges en bois

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LES NOMS ETRANGERS DE L'HERMINETTE

Cette énumération est incertaine...

Italie : Ascia
 Catalogne : Aixa
 Allemagne : Dechsel
 Royaume Uni : Adze
 Etats Unis : Adze
 Pays-Bas : Dissel
 Espagne : Azuela
 Bulgare : Тесла (инструмент) 
Russie : Teslo , Plotnitskoe 
Danemark : Skarøkse
Andorre : Ixolón
Montserrat (Antilles) : Beliung 
Pologne : Topor ciesielski
Iles Féroé : Oks
Serbie : Keser
 Japon : kuwa, stubaï, chona, kona 
Polynésie : Toki
 Portugal : Enxo
 Egypte dynastique : Nou
 Maori : toki poutangata
 Shingazidja : ntezo 

Swahili : shoka la bapa, tezo 
Wolof : jux
 Pulaar (peul) : sawta
 Inuit : Ulimauti 

Suela : herminette, terme de la marine espagnole
 Hachada : herminette courbe, terme de la marine espagnole 
       (Dictionnaire espagnol- français des termes de la marine par C.L. Lhuillier, 1810)
 Anglo-saxon ancien : Adesa
 Esperento : Adso
 Daras : quel pays ?
Тесак : quel pays ? 

Charpentier de marine egyptien


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Les métiers de l'herminette

            Charpentier de marine égyptien à genoux très actif     👉

La longueur du manche, la forme de la lame, son inclinaison par rapport au manche vont définir le métier auquel l’herminette était destinée. Il faut toutefois remarquer qu’il n’y a pas toujours de consensus sur les attributions par les experts des outils d’autrefois, l'artisanat s'étant considérablement modifié et aussi nombres d'outils étaient fabriqués à façon par le forgeron sur demande de l'artisan.

Tonnelier :
Asse de rabotage, asse de rognage, rognoir : fer triangulaire au taillant très large, concave, fortement recourbé. Manche très court. Surtout utilisée pour galber l’intérieur des douelles.
Aisseau ou aissette ou essette : fer plus long, plus étroit, moins recourbé que l’asse, avec un aplat en arrière en forme de marteau. Utilisé pour le travail extérieur des douelles.
Asse de rabattage ou débondoir : utilisée par le tonnelier ou le caviste : le fer est plus étroit, recourbé pour faire levier et enlever la bonde. A l’opposé le fer est en marteau parfois très volumineux, pour enfoncer la bonde.
Gratte-fut : pour nettoyer les dépôts dans les tonneaux.

Plâtrier : essette 


Plâtrier : essette

Couvreur : essette

Charron :  voir la vidéo sur youtube  https://www.youtube.com/watch?v=dQSMs-b0Jzg

Herminette passe-partout ou herminette de gabare (Les cahiers du Musée de la Batellerie, n°13, Musée de la Batellerie, Conflans-Ste-Honorine)

Charpentier : manche long permettant le travail debout, la pièce de bois au sol; le fer est droit ou peu courbé voire plat, assez important.
En Espagne, l’herminette peut être à étrier avec un manche courbe à ressaut, le fer faisant alors un angle plus aigu.

Charpentier de marine : herminette à étrier (ou à bague ou à bride ). Lorsque le manche est long c’est pour travailler le bois au sol. Mais pas toujours : regarder  une séquence youtube : https://www.youtube.com/watch?v=BQySE-B-OYM

Déchireur de bateau : ouvrier qui dépèce les bateaux hors de service. ( voir le paragraphe sur l'Encyclopédie de Diderot, mais vous avez sans doute déjà lu et retenu combien mesurait cette herminette?)

👈  Menuisier sumérien assis suant au travail




Sabotier ou Esclopiér:  : tille ; petite herminette à manche court, à lame plane dont les bords latéraux sont plus ou moins parallèles (J. Robert : l’Herminette et la Hache)
Voir le site internet :  http://www.souquieres.fr/Evenement/sabotier/sabotier.htm

Bourrelier : pour évider les pièces de bois servant d’armature.

Maçon : taillant percé d’un trou arrache-clou

Layetier : taillant porteur d’un arrache-clou latéral et d’une panne marteau

Jouguier : ou hucholot. Les deux lames sont gouges de dimension très différente.
Voir la vidéo de la fabrication d'un joug par l'un des 2 derniers jouguiers de France :
https://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/le-blog-de-viure-al-pais-france3/2018/11/12/artesanat-un-fabricant-de-jo-tradicional.html

Herminette de fontainiers : gouge au fer large fortement recourbé vers le manche plus ou moins long selon que l’on travaille le bois au sol ou non.

Herminette de tailleur de pierre : on peut rapprocher le marteau polka de par sa forme. Il faut remarquer que l’utilisation de ce marteau polka se fait à deux mains comme l’ascia romaine

Sculpture : pour dégrossir

        Charpentier de marine debout , un travail de romain ! 👉

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Fonctions religieuses, cérémoniales et politiques de l'herminette


Au Commencement est la main
Puis l'outil
Puis l'instrument
Puis le métier
Puis la mécanisation
Et maintenant le virtuel
Il nous reste les musées, les chefs-d'oeuvre , le savoir-faire de quelques uns.
Et demain ?

Il est extraordinaire de retrouver l’herminette aussi bien dans l’ Egypte des Pharaons, que dans la Gaule romaine , dans les îles mélanésiennes, en Nouvelle Zélande, en Nouvelle Guinée, dans les Caraïbes, en Guyane, comme instrument cérémonial, religieux ou de pouvoir. 
L’outil devient symbole . 
- l'Egypte des Pharaons
- l'ascia romaine
-les herminettes des Maori
- les herminettes des îles du Pacifique
- en Guyanne
- le peuple Taïno
- les herminettes africaines
- les Vikings

L'Egypte pharaonique

Tombeau de Toutankhamon


Sur la fresque du tombeau de Toutankhamon ici photographiée, le prêtre reconnaissable par la peau de guépard qu’il porte, tient le manche de l’herminette pour effectuer son rituel.
Pour que le momifié accède à l'autre vie, la momification devait être 
entourée d'un cérémoniel long et complexes de 75 étapes dont "le rituel de l'ouverture de la bouche et des yeux"

Herminette période de Thoutmosis III
1481-1425 avant JC

Le prêtre "ouvrait la bouche et les yeux" en apposant sur la bouche et les yeux soit de la momie soit de sa représentation statutaire, l'instrument qui par ce geste symbolique réveille les sens  du défunt pour qu'il puisse profiter des offrandes de ses proches dans sa vie nouvelle.

Herminette de Toutankhamon


Pour les égyptiens, la mort ne signifiait pas la fin de la vie mais la continuité et pour cela l’embaumement permettait au défunt d’accéder à son autre vie grâce à la préservation des éléments fondamentaux qui constituaient l’homme : le « ba » ou pensée, » l’ akh » ou « esprit lumineux », le « ka » ou force vitale. 
 

Stèle de Hor, chef des fabriquant d'arcs
vers 1300 avant JC

Pour le bon déroulement de ces soixante-quinze étapes, l'officiant utilisait des instruments liturgiques. Avant l'utilisation de l'herminette, le prêtre utilise un cuisseau de veau dans ce rituel d'ouverture de la bouche.
Or  la forme du cuisseau et son hiéroglyphe ressemble à une herminette.

Herminette de la reine Hatshepsout
1479-1457 avant JC

Parmi les photographies d’herminettes égyptiennes, en particulier celle d’Hatshepsout, ou encore sur la stèle de Hor, il est remarquable de voir un outil quasi identique à certaines de nos herminettes. 

L'ascia romaine

                           Enseigne à Pompéi  : faber aerarius  👉


Un ensemble de 980 nippes funéraires - monuments funéraires ou stèles - et tombes romaines, du Ier siècle, provenant essentiellement de la Gaule et particulièrement de la région lyonnaise et de la vallée du Rhône , ont la particularité  d’avoir un dessin d’herminette gravé dont 380 avec l’inscription « Sub ascia dedicavit », ces dernières ne se rencontrant pratiquement qu’à Lyon.
La thèse de Mr Amable Audin et Paul-Louis Couchoud, archéologues lyonnais, pensent que la présence de l’ascia est spécifique au rituel d’inhumation importé par des légionnaires originaires d’Anatolie en opposition au rituel de crémation habituel à cette époque chez les romains. Cette marque dédicacée se trouve aussi sur des tombes chrétiennes et juives pour lesquelles la crémation était interdite .
Notons que l’ascia faisait partie du barda du légionnaire mais ce n’est peut-être pas la même ascia : celle sculptée sur les stèles est une herminette marteau à lame coudée opposée à marteau faite pour le travail du bois ou de la pierre tendre Alors qu’on peut raisonnablement penser que celle du légionnaire est plutôt une ascia-serfouette faite pour le terrassement mais cette forme n’apparait jamais sur les tombes.
Certaines stèles montrent un défunt debout tenant devant lui comme une protection, une ascia, la même qui a pu aider à construire sa sépulture et pourrait la dégrader?
Des ascia gallo romaines ont été retrouvées enterrées autour d’urnes cinéraires, en particulier dans le Limousin, attestant une fonction religieuse.

Maori : les toki poutangata



‘’He toki iti, he rite he tangata’’ 

Proverbe Maori : « Une petite herminette est aussi utile qu’une personne ».

Dans la culture Maori, le jade a un rôle social, symbolique, spirituel primordial. 

L’herminette ou ''poutangata''en jade est son support.

De nos jours, les sculpteurs se servent toujours de toki poutangata pour réaliser la première entaille rituelle avant de commencer la fabrication d'une nouvelle oeuvre.


Pour les peuples océaniens, le pouvoir des dieux se manifestent aux hommes par le ‘’mana’’, énergie spirituelle’. L’œuvre d’art est un moyen essentiel de convoquer le ‘’mana’’. Le matériau sacré entre tous, chargé de ‘’mana’’ est le ‘’pounamu’’, variété de néphrite aux multiples nuances de vert (jade de Nouvelle-Zélande Aotearoa). Pour les Maori, le ‘’pounamu’’ est un symbole puissant de lien avec le paysage façonné par les ancêtres mythologiques et les dieux , imprégné de ‘’mana’’.
Les Maori distinguent quatre variétés de ‘’pounamu’’ selon la couleur, la translucidité (inanga, kahurangi, kawakawa, tangiwai) avec une qualité de dureté et de tranchant propre à chacune et nécessaire pour fabriquer les herminettes, haches et couteaux.


Les toki poutangata (herminettes cérémonielles) sont transmises de génération en génération dans chaque tribu. On leur donne un nom, et leur pouvoir spirituel est respecté. Les lames en pounamu  sont souvent ornées d'encoches qui marquent le whakapapa (généalogie) de leur propriétaire.
Le poutangata d'un chef était le symbole de son autorité et de son pouvoir. Il pouvait notamment s'en servir pour faire la première entaille dans un arbre destiné à être abattu pour constituer le faîtage d'une nouvelle maison de réunion. Les copeaux de bois étaient ensuite offerts, accompagnés de prières à Tanemahuata, divinité des forêts. A la mort du chef, son herminette était placée sur la dépouille en chapelle ardente. Le manche était enterré avec lui et la lame en jade était conservée par son iwi (le clan, la tribu), un autre manche était sculpté pour le nouveau chef.

Cette herminette dite ''Rockeffeler" était encore en vente en 2017 à l'adresse : https://grusenmeyer.be/brafa-2017


Les herminettes du Pacifique

On en trouve dans toutes les iles du Pacifique, de la Polynésie à la Nouvelle Calédonie, en Nouvelle-Guinée, dans l'Archipel Bismarck, dans les iles Cook, à Hawaï, dans les iles Fidji.
Leur aspect est souvent très caractéristique d'une ile, par exemple les herminettes kanaks ne se rencontrent qu'en Nouvelle Calédonie. Certaines de ces herminettes restaient des outils indispensables aux travaux quotidiens, d'autres strictement cérémonielle   et ont été abandonné lors de l'introduction du fer par les européens parfois très tardivement comme en Nouvelle Guinée,au milieu du xxème siècle.

Archipel Bismarck

        Hawaï

              Tonga

           Tonga

Iles Marquises

Certaines herminettes initialement cérémonielles, ont été ensuite exagérément sculptées dans un but lucratif sous l'impulsion de marchands occidentaux. Ainsi, dès le milieu du XIXème siècle, le christianisme ayant été imposé, les cultes locaux abandonnés, les symboles de ces cultes  détruits, les occidentaux se sont intéressés à ces "curiosités"; la demande a entrainé un artisanat d'objets qui avaient perdu leur fonction rituelle. Les herminettes des iles Cook qui symbolisaient probablement Tane Mata Ariki, dieu protecteur des artisans, sont un exemple connu et documenté (Sir Peter Henry Buck dans un ouvrage : Mangaia and the mission)

        Fidji

              Iles Cook
             Mangaian

            Iles Cook

          H. Ruatangaeo   

           Tahiti

             Tahiti

Papaouasie Nouvelle Guinée  : la culture Sepik s'est sans doute aussi adaptée à une forte demande d'"objets authentiques"..
L'herminette servait aussi de monnaie d'échange entre les populations locales  (https://www.canal-u.tv/video/cerimes/ormu_wari_la_hache_d_echange_en_nouvelle_guinee.8538)

Herminette Sepik

La culture Sepik est le nom donné à la culture et aux traditions des populations vivant le long du Fleuve Sepik

Un reportage du CNRS de 1991 à voir absoluement : l'herminette de Langda, dernier endroit au monde où l'on peut voir la fabrication et l'utilisation de cet outil de l'âge de pierre

          Vanuatu

             Vanuatu

Nouvelle Calédonie

Nouvelle Calédonie

Nouvelle Calédonie

Les herminettes en pierre 

de Guyanne Française

 

Texte de Stéphen Rostain, Yves Wack
Un culte pour les haches Au début du siècle, Paul Sangnier a noté que les Wayana du Litany conservaient les pierres de haches qu'ils trouvaient, les considérant comme des « Pierres à Tonnerre », et qu'ils en faisaient des imitations en céramique sans usage pratique.Certains fragments étaient même utilisés pour l'aiguisage des outils en fer. La croyance s'attachant aux « Pierres à tonnerre » semble en fait trouver son origine chez les populations noires. Les lames de hache en pierre polie sont en effet considérées comme des objets divins par les créoles : pendant les orages, des pierres tomberaient du ciel, provoquant les éclairs et le tonnerre par le choc de la chute, et elles fendraient les arbres en enflammant leurs feuillages.

  Il est possible de la retrouver si elle n'est pas descendue trop profondément dans le sol, et on la conservera alors précieusement, car elle est censée apporter de la chance à son possesseur. Cette croyance demeure toujours très vivace en Guyane, mais elle l'est encore davantage dans certaines îles des Caraïbes. Jesse (1973) a étudié ce phénomène dans ces îles : à Trinidad, à Sainte-Lucie et en Haïti, de véritables cultes sont voués à ces haches. Elles sont vénérées au même titre que les anges et les saints car, provenant du ciel, elles sont des envois de Dieu. Pour néanmoins vérifier l'authenticité d'une pierre ainsi trouvée, on la suspend par un fil de coton au dessus d'un feu — bougie ou charbons ardents. S'il s'agit d'une « pierre », le fil ne brûlera pas. Elles sont par la suite conservées dans des chapelles et gardées par des prêtres et serviteurs, sont régulièrement « nourries » avec de l'huile et/ou le sang d'animaux sacrifiés. On leur attribue des dons relevant du surnaturel : elles peuvent transpirer, siffler, parler, se déplacer seules ou parfois même se changer en serpent. Leurs pouvoirs, symbolique et de guérison, sont très importants car assimilés à ceux de Shango, Dieu du tonnerre et de la foudre, qu'elles représentent. Ce culte, et jusque dans ses formes rituelles, est très proche de ceux voués aux pierres de haches en Afrique où elles sont le symbole et l'instrument du même Dieu Shango, qui a le pouvoir d'envoyer la pluie et de favoriser les récoltes. Ayant rapporté plusieurs témoignages allant dans ce sens, Jesse associe le culte du Dieu Shango à celui d'Afrique de l'Ouest. Il aurait été importé par les premiers esclaves qui, trouvant dans les champs des pierres polies similaires à celles de leur pays, leur auraient porté la vénération et consacré les rituels qui leur étaient familiers. Bien que de telles pratiques ne soient pas attestées dans les Guyanes, les croyances sur les pouvoirs protecteurs des pierres polies y sont très fortes ainsi qu'au Brésil, à Cuba et en Jamaïque. Il faut également remarquer que ce genre de croyances est assez répandu à travers le monde. L'Abbé Breuil n'a-t-il pas été un des premiers à s'intéresser aux « pierres-tonnerres » jonchant le sol de France? 

Les herminettes du peuple Taïno


Les Taïnos, ou Tainos, sont une ethnie amérindienne qui occupait les grandes Antilles lors de l'arrivée des Européens au XV ème siècle et quasi disparue au XVI ème siècle 

HACHE CEREMONIELLE en forme de GRENOUILLE 
Par sa taille et le sujet représenté, cette hache cérémonielle est exceptionnelle. La base est sculptée en forme de grenouille, prête à sauter. La partie tranchante forme une large queue légèrement recourbée. Le choix de la pierre verte est symbolique. Elle rejoint la signification de cet objet hautement symbolique. 

La grenouille était associée à l'idée de fertilité, fertilité humaine mais aussi agricole car annonciatrice de pluie. La couleur verte est en corrélation avec celle de l'animal et de la végétation luxuriante 
Pierre verte tachetée à patine brune. 
Culture Taino, République Dominicaine, 800 - 1500 apr. J.-C. 
H. 27 - l. 15,5 - Ep. 3,5 cm 


Les herminettes africaines

Elles étaient portées sur l'épaule pour montrer son rang ; c'est un emblème de pouvoir et le gardien des paroles sacrées et secrètes, ancestrales (  Congo -  Tabwa, Mangbetu, Luba)
Là encore, des professionnels de l'art très avides, semblent avoir mis sur le marché bon nombre d'objets probablement assez récents de fabrication.

Statuette  fétiche de protection tenant une herminette

L'herminette des Vikings

Pendant longtemps il aurait été admis que les Vikings ne connaissaient pas l'herminette. Cela paraissait improbable étant donnée leur extraordinaire propension  à voyager très loin.
En 1936, dans l'île suédoise de Gotland, il a été découvert une ''boîte à outils'' en bois,  pleine de 2OO objets et outils datés des environs de l'an mille. Parmi ceux-ci, 2 herminettes  sans doute simples outils.

Herminettes des Inuits

Inuit - Nunatagmut

Inuit - Tsimshian

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 Etymologie

Vous souhaitez en savoir plus sur l'hermine ?

Il est habituel de dire que l’on appelle cet outil « herminette » par similitude du profil du fer avec le nez pointu de l’hermine (par métonymie). Pour d'autres l'action de "blanchir" le bois aurait donné son nom à l'herminette en rapport avec son pelage blanc d'hiver.
Notons que « la Dame au nez pointu » de La Fontaine est une belette. Les deux animaux étaient confondus à cette époque.
Le mot "herminette" pourrait suggérer qu’il s’agit du diminutif de hermine.
Mais si la tradition a donné des noms d’animaux à de très nombreux outils, on ne trouve pas de diminutif (qs ‘’Dictionnaire des Outils’’ de D. Boucard)
Donc pourquoi herminette et pas hermine?
Cet outil était d’abord appelé essette, ou encore aissette, assette, asseau  dérivé du latin ascia (hache, cognée, doloire).
D'autre part, l'herminette est un aspect particulier de l'hermine animal.


Un peu de zoologie :
(un joli film sur l'hermine : https://www.youtube.com/watch?time_continue=9&v=e1yWUAYtmEs)
   L’herminette : hermine lorsqu'elle a sa fourrure fauve d'été; par métonymie : cette fourrure. Synonyme : roselet. (L'Œuvre,20 janv. 1941).
   L’hermine : mustela erminea de la famille des mustélidés (mustela : belette) qui comporte belette, fouine, marte, furet, vison, putois, blaireau. Légère, de 125 à 440g, son corps mesure de 22 à 32 cm et la queue de 8 à 12 cm. Les femelles sont plus petites jusqu’à deux fois plus petites. . Contrairement à la belette (« la Dame au nez pointu" de La Fontaine) elle a un tout petit museau.

Sa fourrure mue selon les saisons.En hiver, dans les régions enneigées du moins, elle est d'un blanc éclatant excépté le bout de la queue qui conserve toujours un pinceau de poils noirs. Mais dès le printemps elle reprend sa tenue brun clair sur le dos et les flancs, blanchâtre sur le ventre : elle s'appelle alors herminette. Cette métamorphose se fait en quelques jours.
Jusqu'au XVIII ème siècle, on confondait hermine, belette, marte :    "La belette à queue noire s'appelle hermine et roselet, hermine lorsqu'elle est blanche, roselet lorsqu'elle est rousse ou jaunâtre"[Buffon, Quadrup. t. II, p. 265]
 👆On remarque dans cette attitude, que le profil du corps dans son entier n'est pas sans rappeler le profil du fer de l'herminette.
(photographie de Christophe Salin, photographe animalier : http://christophesalin.com/2013/01/lhermine/)

La fourrure d'hermine :
Le dessin de base est la moucheture d’hermine :
Voir le cèlèbre portrait de Louis XIV par H. Rigaud  ☝️

La moucheture d'hermine (Dictionnaire Wikipédia) : 
Sur chaque animal utilisé pour la confection d’un vêtement, le bout de la queue, toujours noir, était séparé du reste de la fourrure puis placé au milieu de chacune des peaux cousues côte à côte et fixé par trois barrettes ou agrafes disposées en croix. Ce bout de queue, orné de ces trois points de couture, appelé moucheture d'hermines, est devenu, sous forme stylisée, un motif héraldique : moucheter de l'hermine, c'est y coudre de distance en distance de petits morceaux de fourrure noire pour représenter des sortes de petites mouches. Plus généralement, cela correspond à parsemer le vêtement obtenu de petites taches régulières de couleur autre que celle du fond.  (bien visible sur le célèbre tableau ci-contre)
Le fourreur utilisait donc  la fourrure blanche d’hiver avec  le pinceau de queue noire de l’hermine.

Les mouchetures d’hermine en héraldique:
La moucheture d’hermine est devenue l’emblème héraldique de la Bretagne ainsi que sa devise : « Plutôt la mort que la souillure »  ou encore en latin  « potius mori quam faedari » car selon la légende, Anne de Bretagne - mais la légende remonte à l’Antiquité - aurait vu un jour une hermine pourchassée  qui aurait choisi d’être tuée par les chasseurs plutôt que de traverser une mare boueuse . Anne choisit donc de prendre l’hermine pour emblème. L’hermine symbolise alors la pureté d’autant si elle est parée de sa fourrure blanche immaculée. 

En résumé : la peau de cette pauvre hermine tuée en période d'hiver, l'herminette donc, puis tannée et présentée à plat pour confectionner les parures d'autrefois et encore utilisée dans l'habit de la magistrature, présente une forte ressemblance avec le signe héraldique bien connu, mais aussi avec le plat du fer d'une herminette comme cette photo l'évoque fortement.


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 Herminettes à éviter

Ce paragraphe va en fâcher quelques uns.  Si vous souhaitez acquérir une herminette, vous ne ferez pas de grosses dépenses. Malgré cela, il y a aussi un marché de l'Outil avec les aléas de tout marché d' antiquités ... Aussi faut-il faire la distinction entre un outil du passé, qui a été utilisé, qui est vendu dans son ''jus'', ou peut être restauré,en particulier le manche, et un outil récent voire contemporain qui a été conditionné pour tromper le collectionneur.  La description faite par le vendeur doit être sans ambiguïté. Les exemples suivants ont été relevés sur internet. Parfois assez rigolos. 
Il faudra être très précautionneux sur l'achat d'outils "exotiques" : si ils ont été fabriqués par des populations autochtones, c'est le plus souvent à la demande de marchands occidentaux, semble-t-il assez régulièrement depuis les années 50; ces outils n'ont donc pas été utilisés. Leur prix doit donc être en rapport. Ceci n'enlève pas le caractère documentaire ni l'esthétique.

Beau travail du manche mais contemporain. Le vendeur est un habitué...

Ou bien le vendeur est un farceur ou bien il vient d'inventer un nouvel outil.

ça tient uniquement le temps de la photo.

Trop de décors nuit.

Le même vendeur très content du résultat a récidivé plusieurs fois.

Un type d'herminettes modernes plus difficile à réaliser car c'est un travail de forge compliqué et spectaculaire

Dommage que les manches sont laids.

On peut toujours argumenter qu'il serait impossible de travailler avec un tel outil; toutefois on a vu d'authentiques anciennes herminettes certainement plus difficile à manier.